Quatorze images. Personnellement, je perçois l'épopée slave dans l'ensemble du cycle non seulement comme une scène ou une histoire historique, mais aussi comme une réflexion approfondie sur les limites du courage humain, du sacrifice et de la valeur de la liberté. Mucha saisit ici encore le moment dramatique de 1566 où l'expansion ottomane le long des rives du Danube s'est heurtée aux murs de Szigetvár et, surtout, à la volonté véritablement indomptable des défenseurs de cette forteresse dirigée par Mikuláš Šubič Zrinský. Cependant, comme dans les tableaux précédents et suivants, ce qui se déroule devant nous n'est pas une simple scène de guerre - il s'agit à nouveau d'un tournant comme la situation existentielle même de l'homme face à l'inéluctabilité de la destruction. En outre, la composition de cette toile me fascine encore plus par sa dialectique interne.
Ce qui frappe le plus à l'écran, c'est la fumée noire, sombre et mystérieuse qui s'élève de la salle d'eau et qui sépare symboliquement les deux sommets de l'héroïsme slave. À gauche, Zrinsky prononce un discours vibrant à l'intention de ses hommes loyaux. Son geste n'est pas théâtral ; il apparaît comme une acceptation consciente du destin. Je vois dans son attitude une détermination stoïque, une conscience que la mort peut être l'expression ultime de la liberté. Ensuite, sur la droite, les femmes de Szigetvár, emmenées par son épouse, mettent le feu à la tour de poudre pour ne pas la livrer à l'ennemi. Cet acte n'est pas seulement un geste désespéré, c'est un acte d'autonomie morale où il n'y a pas vraiment d'autre voie pour les personnages à l'écran.
Je me rends compte que Mucha était absolument brillant dans cette expression, comme Amadeo Modigliani, qui pouvait exprimer en simples lignes le caractère de son image de la vie. Mucha combine deux moments temporellement disparates - le discours avant l'élan final et l'explosion de la poudrière - en un seul moment symbolique avec un élément visuel relativement simple mais essentiel. L'exactitude historique cède la place à une vérité supérieure : celle de la dignité humaine. La fumée sombre qui divise la composition n'est pas seulement un détail réaliste, mais une métaphore clé du sacrifice, une verticale reliant la terre au ciel, la corporalité à la transcendance.
Les couleurs de l'image sont sourdes et pourtant le spectateur voit l'image la plus fade et la plus dramatique de ce cycle. Les tons terreux prédominent, comme pour souligner la physicalité et la finalité de la destinée humaine, tandis que la lumière qui tombe sur les personnages principaux crée une atmosphère presque littéralement sacrée. Nous avons l'impression d'assister à un deuil séculaire - non pas pour les morts, mais pour les vivants qui viennent de décider de mourir.
Cette image me semble être une méditation sur les limites du défi absolu. Elle ne célèbre pas la guerre en tant que telle, mais une position morale. Je perçois ici un humanisme profond où l'héroïsme n'est pas un triomphe sur l'autre, mais une loyauté envers soi-même, même au moment de la défaite. Zrinsky et les femmes de la tour à poudre portent le même ethos, et la liberté est ici une valeur qui transcende la survie biologique. Pour moi, le quatorzième tableau de l'épopée slave n'est pas un monument de pathos, mais un monument de décision consciente. C'est une image qui me fait réfléchir à la signification de principes tels que l'honneur, la responsabilité, la volonté et le sacrifice. Et c'est dans cette multiplicité intellectuelle et émotionnelle que je vois une force durable sans équivoque.
Jan Vojtěch, rédacteur en chef de General News