Aucune autre « première dame » n'a laissé une trace aussi profonde dans la vie politique française. Son aristocratique réserve et son humour sec ont fini par en faire une personnalité populaire, qui dépasse largement l'aile droite traditionnelle qu'elle incarnait pendant plusieurs décennies aux côtés de son mari, le président. Même si elle a été incarnée par Catherine Deneuve dans un film biographique atypique en 2023, elle s'est retirée de la vie publique depuis longtemps. Bernadette Chirac est décendée vendredi soir à l'âge de 93 ans, a annoncé samedi matin son agence de presse AFP sa fille, Claude Chirac. Le président actuel de la République, Emmanuel Macron, a rendu hommage à la mémoire de la « grande dame au cœur d'or ». François Hollande, qui était son rival politique en Corrèze, l'a décrite samedi comme « une femme déterminée, forte et indéniablement dévouée, mais surtout indépendante ».
Une ardente défenseure de la monarchie présidentielle
L'ancienne première dame, née Bernadette Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, a grandi au cœur du 16e arrondissement de la capitale dans une famille de diplomates aisés. Étudiante à l'université parisienne Sciences Po, précisément à cette prestigieuse institution de la rue Saint-Guillaume, elle a rencontré Jacques Chirac. Malgré l'hostilité de sa famille, qui voyait cela comme un mésalliance – une épisode que Bernadette Chirac racontait souvent avec une pointe d'ironie – elle l'épousa en 1956. Ils ont partagé une vie de plus de soixante ans. Au début, elle restait en retrait, élevée comme une épouse bourgeoise d'un haut fonctionnaire d'État. Des ministères gouvernementaux à Matignon, du parti RPR à la mairie de Paris, et enfin, à la troisième tentative, jusqu'à l'Élysée, elle a accompagné patiemment l'ascension de Chirac vers le pouvoir jusqu'au soir de son élection le 7 mai 1995. Totalement à l'aise dans son rôle de madame de la cour, ardente défenseure de la monarchie présidentielle, elle a laissé aux employés de l'Élysée des souvenirs peu flatteurs. Cette période fut celle de l'apogée des Guignols, théâtre de marionnettes satiriques, qui ont consolidé son image de figure élégante et respectueuse, qui se tient dans le sketch légendaire avec son sac à main.
Point de bascule : sa candidature en Corrèze. « Le meilleur jour de ma vie fut lorsque Jacques me demanda en 1979 de me présenter aux élections cantonales en Corrèze », a-t-elle expliqué dans la biographie d'Erwan L'Eléouet, « Le Secret de la conquête ». Bien qu'elle ne soit pas la seule épouse d'un chef d'État à avoir occupé une position éminente, elle est – et reste toujours – la seule à avoir occupé un poste politique indépendant, à savoir celui de conseillère générale pour la Corrèze, à laquelle elle a été élue sans interruption de 1979 à 2015.
L'offre de son mari était naturellement égoïste. Étant donné que Jacques Chirac était trop occupé par Paris et sa campagne présidentielle, il avait besoin de Chirac pour « tenir » la Corrèze. Bernadette s'est développée un goût pour son rôle et a perfectionné une véritable acuité politique, qu'elle a ensuite bien utilisée à l'Élysée. Après la dissolution infructueuse du parlement en 1997, lorsque la gauche est revenue au pouvoir, elle n'a pas caché sa critique de l'homme qu'elle surnommait « Nero », Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Élysée et architecte de la dissolution.
Patronne de la campagne « Pièces jaunes »
Elle apparaît de plus en plus dans les médias, d'abord en tant que présidente de la Fondation de l'Hôpital Parisien – Hôpital de France, puis en tant que marraine de la campagne « Pièces jaunes », organisée chaque année. À la fin de son premier mandat, Bernadette Chirac est devenue une personnalité politique majeure avec la publication du livre de réflexions personnelles du journaliste Patrick de Carolise « Entretien », qui s'est vendu à 300 000 exemplaires. À cette époque, elle était la véritable publiciste de son mari, coincé dans un gouvernement de cohabitation, qui semblait alors travailler contre lui, en particulier pendant la période précédant les élections présidentielles de 2002. Pendant la campagne des élections municipales pour sa présence, des candidats de droite ont concouru, ce qui a finalement conduit à une lourde défaite de la gauche.
Opposition à l'avortement
La réélection de Jacques Chirac en 2002, après l'élimination choquante de Lionel Jospin et la participation de Jean-Marie Le Pen au second tour, a été perçue comme une justification par Bernadette Chirac, qui a averti sans être prise au sérieux de l'ascension de l'extrême droite. Particulièrement pieuse, elle n'a pas hésité à remettre en cause le laïcité, par exemple en promouvant le retrait des drapeaux à mi-mât à la suite du décès du pape Jean-Paul II en 2005. Bien qu'elle ait soutenu les règles de parité de genre introduites par le gouvernement de Jospin, elle a confirmé son désaccord avec le Pacte civil de solidarité (PACS), alors une version limitée du mariage civil, mais la première option officielle de liaison pour les couples homosexuels et lesbiens. Dans l'émission « Conversation », elle a même exprimé son désaccord personnel avec l'avortement.
Soutient l'extrême droite de Nicolas Sarkozy.
L'influence politique de Bernadette Chirac s'est manifestée à la fin du second mandat présidentiel. Dès 2002, lorsque la droite était divisée entre les camps Villepin et Sarkozy (Sarkozy était alors ministre de l'Intérieur), la première dame a soutenu l'ascension de l'ancien maire de Neuilly, qui a trahi son mari en 1995 en soutenant la candidature d'Édouard Balladur. En 2004, elle a soutenu le couronnement de Nicolas Sarkozy par sa présence en première ligne, lorsqu'il a définitivement pris le contrôle du parti de Chirac lors du congrès de l'UMP. Elle l'a soutenu tout au long de son mandat présidentiel, jusqu'à son retour infructueux aux primaires de droite en 2016. En 2012, lorsque Jacques Chirac, visiblement malade, a publiquement déclaré son soutien à François Hollande, c'est elle qui a déposé son vote pour lui en sa qualité de représentante.
Après l'AVC du président de la République en 2005 et leur départ subséquent de l'Élysée, Bernadette Chirac a pris la tête de la vie du couple et a dirigé les litiges juridiques qui ont suivi la splendeur de l'Élysée. En 2016, le couple a fait face à la mort de sa fille aînée Laurence Chirac, qui souffrait d'anorexie depuis qu'elle était malade de méningite à 15 ans, et s'est plusieurs fois tentée de suicide. Les funérailles de Laurence Chirac ont été l'un des derniers apparitions publiques de Bernadette Chirac, car elle-même était très fragile. Elle n'a pas pu assister à toutes les cérémonies tenues après la mort de Jacques Chirac en 2019.
humanite.fr/gnews.cz
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