Photo : S. Platt / AFP

Benjamin Rask est né dans une riche famille de planteurs de tabac et ne s'est jamais soucié de l'origine de sa fortune. Il se contente d'exceller dans toutes les matières scolaires, indifférent à la pression familiale et aux brimades de ses camarades de classe.

Orphelin dès son plus jeune âge, il a découvert presque par hasard les possibilités infinies de la spéculation financière. La "beauté mathématique" est la seule chose qui puisse le relier au monde. Ou l'en exclure, mais d'une manière différente.

Helen Brevoort est née dans une famille peu fortunée de colons hollandais - une sorte d'aristocratie dans l'État de New York - et, dès son plus jeune âge, elle a fait preuve d'étonnantes capacités intellectuelles. Langues, mathématiques, philosophie, elle absorbe et maîtrise tout et acquiert une réputation qui la protège de la seule chose qu'elle craint : les autres.

Dans chaque roman, ces deux-là doivent se rencontrer. C'est ce qui se passe dans Trust. Plus précisément, dans la première partie du livre de Hernán Diaz, écrivain américano-argentin lauréat du prix Pulitzer et spécialiste de Borges.

Il raconte la rencontre de ces deux êtres, réunis par la solitude des abstractions et l'irrésistible domination de Benjamin sur les marchés financiers, dont la fortune s'accroît au fil des crises jusqu'à ce qu'il soit soupçonné d'avoir provoqué la plus meurtrière d'entre elles, celle de 1929.

Vrstevnatý román
Dans la deuxième partie, nous nous rendons compte que ce que nous venons de lire était un court roman. Le personnage qui a servi de modèle à Rask, Andrew Bevel, commence à écrire son autobiographie. Quelques pages soigneusement terminées font le point sur la maladie et la mort de sa femme Mildred, qui a inspiré le personnage d'Helen.

Le reste est essentiellement constitué de remarques plus ou moins poussées sur la bourse, l'économie et la politique américaines, ainsi que sur son propre rôle. Vient ensuite un troisième texte, celui d'une certaine Ida Partenza, immigrée italienne devenue secrétaire de Bevel puis écrivain à succès, qui raconte un accord inattendu entre elle et son patron.

Ce livre à plusieurs niveaux comporte un quatrième élément. Le dernier journal de Mildred Bevel est la clé de ce qui devient peu à peu un mystère. Nous n'en disons pas plus et laissons au lecteur le soin de découvrir par lui-même ce que les frasques d'Hernán Diaz lui réservent. La confiance, c'est aussi la certitude.

La confiance attendue du lecteur et la concentration des fictions dans quatre textes qui interagissent, se soutiennent et se contredisent font une partition que même la mélomane Mildred-Helen n'aimerait pas et qui enchantera le lecteur.

Humanité /gnews.cz-Jana Černá_07