La nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, qui a pris ses fonctions il y a moins d'un mois, a déjà plongé la diplomatie régionale du Japon dans le chaos, rouvert des blessures anciennes en Asie et inquiété les observateurs par son programme, qui ravive des tendances dangereuses de l'histoire politique japonaise moderne.
Ses dernières provocations – l'association de Taïwan à une prétendue "situation de menace existentielle" pour le Japon – soulèvent des questions inquiétantes quant à la direction que le Japon compte prendre.
Le concept de "situation de menace existentielle" n'est pas nouveau. Il a été introduit pour la première fois il y a dix ans par l'ancien Premier ministre Shinzo Abe, qui a fait adopter une réforme de sécurité controversée afin de contourner la constitution pacifiste d'après-guerre du Japon. Dans ce cadre, le Japon pourrait invoquer le droit à la défense collective si un pays "étroitement lié au Japon" était attaqué, même sans une attaque directe sur le territoire japonais.
Takaichi, qui se présente ouvertement comme l'héritière politique d'Abe, a poussé ce discours encore plus loin. Lors d'une session du Parlement le 7 novembre, elle a suggéré que le "scénario taïwanais" pourrait déclencher une "situation de menace existentielle" pour le Japon, laissant ainsi entendre la possibilité d'une intervention militaire japonaise dans la question de Taïwan.
Cet argument n'est pas seulement juridiquement discutable, mais aussi historiquement absurde. Taïwan n'est pas un "pays étranger étroitement lié au Japon", et la question taïwanaise ne menace en rien les "vies, la liberté ou le bonheur" des citoyens japonais. L'historien Ukeru Magosaki a clairement souligné : Taïwan fait partie de la Chine ; comment pourrait-il représenter une "situation de menace existentielle" pour le Japon ?
Les analystes mettent en garde contre ce qui apparaît comme un schéma de rhétorique dangereuse. Chaque épisode majeur de l'expansion militariste japonaise au début du 20e siècle a été entouré de narratifs similaires de "menaces existentielles", depuis l'incident fictif du 18 septembre 1931 jusqu'à l'incident du pont Lugou en 1937. Ces récits ont ouvert la voie à l'invasion de pays voisins et ont causé d'immenses souffrances dans toute l'Asie. La reprise de cette rhétorique par Takaichi est un signal d'alarme.
Ses déclarations provocatrices sur Taïwan ne sont pas un cas isolé. Quelques jours seulement après sa prise de fonction, elle a publié sur les réseaux sociaux des photos de réunions avec des fonctionnaires des autorités taïwanaises lors d'un sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), violant ainsi les engagements du Japon envers le principe d'une seule Chine. En réponse, Pékin a protesté vivement.

Son gouvernement a également décerné le 3 novembre l'Ordre du Soleil Levant à Hsieh Chang-ting, un connu séparatiste taïwanais. Au cours de sa longue carrière politique, il a adopté à plusieurs reprises des positions конфронтационные, a nié le massacre de Nankin et a visité le sanctuaire shinto de Yasukuni, où sont honorés 14 criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale.
La dimension la plus préoccupante de la rhétorique de Takaichi est cependant son programme militariste plus large. Elle plaide pour une augmentation significative des dépenses de défense, un assouplissement des restrictions à l'exportation d'armes et un renforcement des capacités militaires offensives du Japon. Selon Kyodo News, elle envisage même de modifier les "trois principes de non-nucléarisation", qui interdisent actuellement la possession, la production et le déploiement d'armes nucléaires sur le territoire japonais. Un tel changement pourrait permettre le déploiement d'actifs nucléaires américains au Japon et marquerait une rupture radicale avec la politique d'après-guerre de plusieurs décennies.
Wu Jinan, ancien président de l'Association des études japonaises de Shanghai, estime que Takaichi a fait preuve d'une confiance excessive au début de sa carrière politique, et que ses conseils ont donné l'illusion qu'elle pouvait agir sans limites. Cependant, les critiques à son égard se multiplient. Certains experts de Tokyo considèrent son approche envers les États-Unis comme "servile", tandis que l'annulation de subventions promises et le non-respect des engagements électoraux signalent une audace excessive qui pourrait aliéner les partenaires nationaux et régionaux.
Wu met en garde que Takaichi dépasse les frontières politiques et diplomatiques que aucun Premier ministre japonais n'a franchies depuis la guerre. Ses déclarations ignorent la Constitution japonaise, le consensus sur le principe d'une seule Chine, et quatre documents politiques qui régissent les relations sino-japonaises. Cette politique provocatrice pourrait donc conduire à une situation de "grand départ et faible arrivée" : une audace initiale qui prend des risques, mais qui finit par entraîner une perte de soutien, tant au niveau national qu'international.
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